Dans les affaires comme dans la vie, beaucoup pensent que pour convaincre, il faut donner davantage, expliquer davantage, prouver davantage. Cette approche, bien que logique en apparence, atteint rapidement ses limites. Car l’être humain ne fonctionne pas uniquement à partir de ce qu’il reçoit… il fonctionne surtout à partir de ce qu’il fait.
C’est ici qu’intervient un principe puissant, hérité de Benjamin Franklin. Face à un adversaire qui ne l’appréciait guère, il ne chercha ni à le séduire ni à l’impressionner. Il lui demanda simplement un petit service. L’homme accepta. Et progressivement, sans même s’en rendre compte, il développa une considération nouvelle pour Franklin.
Ce mécanisme repose sur une réalité psychologique profonde : l’être humain cherche en permanence à rester cohérent avec ses propres actes. Lorsqu’il agit en votre faveur, son esprit ajuste automatiquement son jugement pour justifier cette action. Il ne se dit pas : “J’ai aidé quelqu’un que je n’aime pas.” Il se dit plutôt : “Si je l’ai aidé, c’est qu’il mérite mon estime.” C’est ainsi que naît l’effet Benjamin Franklin.
Non pas par magie… mais par cohérence interne.
Dans le monde des affaires, cette compréhension change tout. Un client n’adhère pas uniquement parce qu’il est convaincu. Il adhère parce qu’il s’est engagé, même légèrement, dans votre processus. Plus il participe, plus il s’implique… et plus il devient réceptif.
Un entrepreneur avisé ne cherche donc pas immédiatement à vendre. Il commence par impliquer. Il pose des questions. Il sollicite un avis. Il demande une petite contribution intellectuelle ou décisionnelle. Ce simple acte déplace la posture du prospect : il ne subit plus une proposition, il commence à en devenir acteur.
“Celui qui participe à la réflexion finit toujours par défendre la décision.”
Sylvestre Tamo
Prenons un cas concret.
Au lieu de dire : “Voici mon offre, elle est excellente, achetez.”
Le leader transformationnel dira :
👉 “Selon vous, quel serait le meilleur emplacement pour ce type de projet ?”
👉 “Si vous deviez investir aujourd’hui, quels critères seraient décisifs pour vous ?”
À travers ces questions, il ne cherche pas seulement des réponses.
Il crée un engagement.
Et cet engagement est décisif. Car un prospect engagé n’est plus un simple observateur. Il commence à construire mentalement son propre chemin vers l’achat. Il s’approprie la logique. Il devient, progressivement, convaincu par ses propres arguments.
Dans le management, la logique est identique.
Un collaborateur à qui l’on impose une vision résiste souvent.
Mais celui à qui l’on demande une contribution s’investit.
Dans la négociation, c’est encore plus frappant.
Plus votre interlocuteur fait un pas vers vous, même minime plus il devient difficile pour lui de revenir en arrière sans remettre en cause sa propre cohérence.
Cependant, cette approche exige de la finesse.
Elle ne tolère ni manipulation grossière, ni intention cachée. Car dès que l’autre perçoit une instrumentalisation, le mécanisme s’inverse et la confiance s’effondre.
L’effet Benjamin Franklin n’est donc pas une technique pour contrôler les autres.
C’est une intelligence relationnelle qui consiste à reconnaître une vérité simple :
les individus s’attachent à ce dans quoi ils s’investissent.
“On ne gagne pas les gens en leur donnant tout…on les gagne en leur permettant d’exister dans le processus.”
Sylvestre Tamo
Dans une stratégie commerciale, cela implique une transformation profonde de posture :
ne plus chercher à conclure rapidement, mais chercher à engager progressivement.
ne plus chercher à convaincre seul, mais amener l’autre à se convaincre lui-même.
Car au final, la décision la plus puissante n’est pas celle que vous imposez…c’est celle que votre interlocuteur croit avoir prise librement, alors même que vous avez su en guider intelligemment le chemin.
Sylvestre Tamo coach en
Leadership transformationnel

